Le Bal des survivances

Une exposition dans le cadre du dispositif Post_Production_2019,

Post_Production est un programme destiné à l’insertion professionnelle et artistique de jeunes diplômé(e)s, conçu et réalisé en partenariat avec les écoles MO.CO. ESBA / École supérieure des beaux-arts de Montpellier, Esban / École supérieure des beaux-arts de Nîmes, Ecole supérieure d'art et de design des Pyrénées, Isdat / Institut supérieur des arts de Toulouse.

Une lame de feu s’effondre depuis le haut de la falaise.

Elle chute, se brise contre les rochers puis fond immédiatement dans l’eau douce. Le paysage est incandescent. Il nous semble voir une faille terrestre dans laquelle glougloute une lave épaisse.

 

Cette cascade de feu n’est pas une vue de l’esprit de Lana Duval, elle n’a en fait rien de fictif. Car elle trouve sa place dans la nature, mais n’est qu’une illusion se jouant de nos rétines. Chaque année, dans le parc national de Yosemite aux États-Unis, à la fin du mois de février, lorsque le Soleil est parfaitement aligné à cette partie exacte du globe, l’eau de la cascade semble devenir flamme sous la réverbération. Le phénomène est rarissime et ne dure que trop peu de temps mais suffit à bouleverser les quelques dizaines de personnes qui se déplacent tous les ans pour l’occasion.

Le feu a été le fil conducteur de Lana Duval dans la réalisation de cette exposition. Si bien qu’on peut le voir dévorer un palmier, jaillir d’un volcan ou comme ici, dégringoler d’une falaise. À vrai dire, il a tout de même occupé une place considérable dans l’actualité de ces derniers mois. Amazonie, Sibérie, Indonésie, Afrique subsaharienne : cet été sont partis en fumée des centaines d’hectares de végétations. D’un évènement dramatique comme celui-ci, Lana Duval va capter des images : celles qui nous viennent de part et d’autre, celles qui nous happent le temps d’un instant puis disparaissent aussi rapidement dans les méandres de nos mémoires. Ces images qui sont partout au point que nous ne réussissons plus vraiment à les voir, Lana Duval les glane. Dans ce flux incessant qui traverse inlassablement nos écrans, elle choisit donc ça et là les icônes de nos quotidiens.

Pourtant, bien que ces images soient porteuses d’une attractivité toute particulière, qu’elles puissent parfois même nous sembler terriblement familières alors qu’on les croise pour la première fois, elles restent pour Lana Duval de parfaites illusions. Cette contradiction entre la sensation de déjà vu et les caractères impersonnels et immatériels de nos écrans et de ce qu’ils abritent prouve en effet pour l’artiste qu’il ne s’agit là que de leurres. Car les images ne font finalement que feindre leur accessibilité sans jamais réussir à surpasser la barrière infranchissable qu’est l’écran. C’est cette immatérialité là que Lana Duval tente de surpasser en peignant. Ainsi, elle crée une véritable poétique qui réinsère dans le drame une dimension humaine.

 

Nous ne sommes plus recouverts de chiffres et de statistiques, nous voyons ce qui brûle, c’est désormais palpable. Comme la nymphe Écho condamnée à répéter ce qui a déjà été prononcé, l’artiste ne parle finalement jamais la première. Elle regarde passer les images de masse, se les réapproprie puis les libère par fragments. Ce sont des réminiscences.

L’artiste brouille alors les pistes, les images qu’elle emploie deviennent des puissances spectrales dans lesquelles on aimerait s’engouffrer. Car, dénuées de présence humaine, elles laissent suffisamment de place aux souvenirs, aux fantasmes et aux craintes qu’on aurait envie de projeter en elles. « Éteignons l’incendie, rallumons les étoiles. » devient dès lors un slogan poétique, une voix qui nous laisse reconsidérer notre environnement, qui nous permet de conscientiser des paysages souvent trop éloignés de nos quotidiens. Le drame retrouve une consistance et le visiteur sa conscience.

Camille Bardin, Co-présidente du collectif Jeunes Critiques d’Art

Le Bal des survivances, vue d'exposition, Frac Occitanie Montpellier, Photo Pierre Schwartz - © Adagp, Paris 2020

Eteignons l'incendie, rallumons les étoiles, 180 x 360 cm, impression lenticulaire sur dibond, 2019, Frac Occitanie Montpellier, Photo Pierre Schwartz - © Adagp, Paris 2020

Le Bal des survivances, vue d'exposition, Frac Occitanie Montpellier, Photo Pierre Schwartz - © Adagp, Paris 2020

Donner du jour à la nuit, vidéo 3min 41s, 2019, vue d'exposition, Frac Occitanie Montpellier

Capture d'écran de la vidéo Donner du jour à la nuit, 2019

Capture d'écran de la vidéo Donner du jour à la nuit, 2019

Capture d'écran de la vidéo Donner du jour à la nuit, 2019

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